Hier, le 17 juin, après une découverte du Cap “sur les traces de Las Cases”, le groupe des 41 membres du Souvenir Napoléonien a repris l’avion pour retourner à Paris. Le périple a duré trois semaines et selon leurs témoignages a été “extraordinaire” “merveilleux”… “remarquable”.
Pour utiliser au mieux le temps passé sur l’ile je me suis métamorphosé en “tour-guide-operateur”. Je n’ai pu cette disponibilité que grâce à la diligence de toute mon équipe.
Voici donc le compte-rendu tant attendu de cette escapade dans l’Atlantique sud. Les photographies sont de Pierre Patey que je remercie chaleureusement.
Lundi 6 juin 2011 : Longwood House[i]
07h00 – Arrivée du RMS au mouillage à Jamestown – Les passagers ont gardé leur cabine à bord du RMS St. Helena pendant la durée de l’escale et retourneront chaque nuit pour y dormir.
07h30 – Introduction et Présentation du séjour – pour ce faire, j’ai été aidé par Pascal Laparlière et Michael Dean.
à 09h00 – Débarquement
09h30 – Départ de Jamestown pour Longwood
10h00 – Visite guidée des jardins[ii] et des appartements de l’Empereur et de ceux de Las Cases, du Dr. O'meara et des généraux Gourgaud et Montholon.
12h00 – Déjeuner à Longwood House
13h30 – Découverte autour des « limites est» de Longwood jusqu’à Mulberry Gut.
Après cette bonne promenade, une collation a été servie durant toute l’après-midi.
18h30 – Tombée de la nuit à Longwood House
19h00 – Diner dans les appartements des Généraux. Possibilité de se promener librement dans chacune des pièces de la dernière résidence de Napoléon jusqu’à 20h30.
Retour au port de Jamestown vers 21h00/22h00 – transfert par navette à bord du RMS
Mardi 7 Juin 2011 : La Tombe et l’ouest de l’ile.
07h30 – Petit-déjeuner à bord du RMS
08h15 – Transfert par navette à terre
09h00 – Visite de Teutonic Hall (Orange Grove ou Miss Mason’s Hall). Promenade le long de la Fisher’s Valley, lieux de la légende napoléonienne de la « Vallée de la Nymphe[iii] » et du « bouton de rose ».
Fin de la promenade par une visite de Hutt’s Gate (première résidence du Grand-Maréchal Bertrand) et de la Tombe située au fond de ‘Sayne Valley’[iv] près du Torbett’s Cottage[v].
11h15 – Dépose d’une couronne de fleurs à la Tombe de l’Empereur par le Président du Souvenir Napoléonien, Christian Fileaux
12h00 – Déjeuner chez moi aux Briars.
13h00 – départ du bus pour visiter l’ouest de l’ile avec visite de Francis Plain[vi], des cimetières Boer, St. Paul et chinois de Rosemary Plain. En chemin, des rendez-vous on été pris aux heures suivantes :
au cimetière St.Paul où a été enterré Cipriani
14h30 – Visite de Plantation House[vii]où nous avons été accueillis par la femme du Gouverneur, Mrs. Gurr.
15h00 – ‘Prince’s Lodge[viii]’
15h30 – Le Fort “High Knoll”
18h30 – Diner chez moi aux Briars.
Retour au RMS – Navette au port entre 21h00 et 22h00 au plus tard.
La dure ascension des 699 marches de l’échelle de Jacob
Mercredi 8 Juin 2011 : Les Briars et le sud de l’ile.
07h30 - Petit-déjeuner à bord du RMS
08h15 – Transfert par navette à terre
08h45 – Découverte de Jamestown[ix] depuis le Castle[x] en longeant le “Run”.
Sur le chemin (vers 09h45), visite de ‘Maldivia[xi]’ où Napoléon fut accueilli.
Marche le long de Constitution Road jusqu’aux Briars –
“Barnes Road” qui conduit au Pavillon depuis ‘Maldivia’.
11h00 – Visite du Pavillon des Briars[xii], première résidence de Napoléon à Sainte Hélène.
12h00 – Piquenique dans les jardins des Briars
à partir de 13 h 00 - Visite en bus du sud de l’ile incluant les vues sur Fairy Land[xiv] et Levelwood.
‘Mount Pleasant[xiii]’,
et avec un descente Sandy Bay.
16h30 – Retour à bord du RMS
18h00 – Départ du port pour Longwood.
18h30 / 20h30 - Cocktail à Longwood House pour une rencontre avec différentes personnalités locales (tenue de réception). 90 personnes en tout étaient présentes ce soir-là.
21h30 / 22h00 – Retour à Jamestown et navette pour le RMS
Jeudi 9 Juin 2011
06h00 – Navette pour le port
07h00 – Petit-déjeuner au lever du soleil à ‘Horse Point[xv]’ et à la forêt des gommiers, rendus célèbre par Las Cases. Présentation des activités du National Trust – Wirebird - Bertrand’s Cottage.
09h00 – Départ de Longwood pour les Briars.
09h30 – Promenade au pied de la cascade des Briars.
12h00 – Déjeuner chez moi aux Briars.
Après midi libre pour tous les participants - des activités spécifiques pourront être organisées et si nécessaire, avec réservation de transport individuel.
Quelques suggestions ont été faites :
- Le Musée de la ville sera ouvert ainsi que les boutiques de souvenirs – Art & Crafts center
- Grimper les 699 marches de l’échelle de Jacob qui mène à « Ladder Hill[xvi] »
- L’escalade du Flagstaff[xvii]
- Une excursion jusqu’à ‘Prosperous Bay House[xviii]’
- Café à “Farm Lodge” (près de Rosemary Plain visité le mardi)
19h00 – Dîner à l’hôtel « Consulate »
21h00/22h00 – Retour au port de Jamestown et navette pour le RMS
Vendredi 10 Juin 2011
07h30 – Petit-déjeuner à bord du RMS
11h00 – dernière navette pour le RMS
12h00 – départ de Sainte Hélène.
En vrac, quelques informations historiques données durant la croisière :
Le Président, Christian Fileaux qui pour une fois ne parlait pas anglais, sa langue de prédilection durant tout le voyage.
[i] - Un extrait de rapport, datant d'octobre 1716, établi par le Gouverneur en Conseil, fait mention d'une inspection du "Great Wood" of St.Helena et contient la remarque suivante :
"En ce qui concerne la salubrité, nous ne pensons pas qu'elle sera maintenue si le bois, qui tient le terrain chaud, était détruit, car alors les pluies, qui sont là violentes, emporterait le sol et comme le sous-sol est fait de marne l'endroit ne produirait presque plus rien"
Comme il n'y a aucune raison de supposer que cent ans plus tard les pluies étaient moins violentes, la remarque en dit long sur l'aridité de Longwood – et son insalubrité à mesure que les arbres étaient abattus.
Dès 1678, la Compagnie des Indes avait manifesté un certain intérêt pour l'endroit ; en 1743 le gouverneur Dunbar y construisit une grange et en 1752 le lieutenant-gouverneur Adamson fut autorisé à occuper "les pièces de Longwood", alors qu'il jouissait d'une résidence à Jamestown, et cela dans le but évident d'y jouir d'un peu de fraîcheur pendant les mois chauds. Il y avait alors des détachements de troupes à Deadwood et à Hutt's Gate un parc d'artillerie : ceci à une époque où toute voile suspecte pouvait être l'annonce d'une invasion. On peut en effet accéder au plateau par Bank's, Ruperts,Turk's Cap et Prosperous et il était convenable qu'un officier ayant des responsabilités résidât dans la région.
J'ai retrouvé une lettre d'un Dan Corneille, apparemment secrétaire du gouvernement, destinée au gouverneur John Skettowe en Conseil, datée du 29 janvier 1776 qui donne une description de la maison originale de Longwood, et que voici :
" Gentlemen,
In consequence of the Honourable Company's permission these five years back for a House to be built for me in the Long Wood, and the necessity of the Public Works postponing that undertaking, I had your leave to fit up the Old House there standing, consisting at present of one Parlour and three chambers (two of the latter very small), likewise fencing in, between four and five acres as a Demesne therunto belonging,all which has been completed at the small expense of one hundred and seventy pounds five shillings, as you will find stated under that head on the general Books of Accounts, I have therefore, Gentlemen, to offer to your consideration, as that sum has been already laid out, and the House at present tho' small, almost new and will last for those five and twenty or thirty years to come, not to prosecute the former plan, but with your permission, and approbation, to add another Parlour to the House and one room more to the servants Offices this year, and with this addition which cannot be very expensive, I think it will make the House very convenient and sufficient for any Gentlemen that hereafter may fill the department which I have the honour at present to occupy, and also be a saving to the Honorable Company of four or five hundred pounds, a consideration that I will venture to say will have its due weight with you, as well as with,
Gentlemen,
Your most obedient and most humble servant
Dan Corneille
29th January 1776.
[ii] Le dessin des jardins de Longwood, dont les photographies aériennes nous montrent l'habile disposition, causait à Napoléon une joie orgueilleuse.
- Quand je ne serai plus ici, dit-il un jour à Bertrand, les voyageurs anglais feront le dessin de ce jardin fait par Napoléon. Il n'en est aucun qui ne veuille le visiter.
Laissé à l'abandon puis détruit par le fermier Moss qui avait loué la maison à bail, le parc a été reconstitué avec ses allées creuses, ses arbres, ses buissons, ses rosiers et ses parterres. La végétation luxuriante étonne parfois certains visiteurs qui ont la tête pleine de descriptions erronées puisées dans Las Cases, lequel était parti depuis près de trois ans quand le parc fut tracé et planté.
C'est Ali qui a laissé la description la plus complète des lieux dans ses "Souvenirs", permettant ainsi une minutieuse reconstitution.
[iii] Extrait des Mémoires de Marchand : « Dans cette vallée était la chétive habitation de Miss Robinson. Cette dame avait deux filles ; l’aînée avait quinze ou seize ans et l’une et l’autre avaient pris l’habitude, lorsque l’Empereur passait devant leur habitation, de s’approcher de lui et de lui offrir des fleurs. Sans être jolies, elles étaient agréables, mais l’aisance ne paraissait pas habiter sous ce toit.
L’Empereur les accueillait avec bonté et avait pour habitude d’appeler l’aînée : « La Nymphe de Las Cases » et la vallée : «La vallée du Silence. » Ces demoiselles en acquirent une petite célébrité qui gagna bientôt la ville ; cette célébrité fit rechercher l’aînée par un capitaine de vaisseau de la Compagnie des Indes en passage à Sainte-Hélène qui l’épousa. Avant de quitter l’île, le jeune ménage vint voir l’Empereur qui félicita le mari de son choix et souhaita à la jeune femme de devenir mère d’une belle et nombreuse famille.
L’Empereur avait adopté cette promenade parce qu’il remontait ainsi jusqu’à Hutt’s Gate, où demeurait le Grand Maréchal ; il s’y arrêtait, puis rentrait à Longwood, ayant parcouru l’enceinte qui lui était réservée, ne pouvant porter ses pas plus loin sans être accompagné de l’officier d’ordonnance. »
[iv] SAYNE VALLEY était habité au temps de Napoléon par Dr. Kay, médecin de la Compagnie
- La vallée de Sayne depuis 1689, aujourd'hui la « Vallée de la Tombe » ou le « Val Napoléon ». Le nom de « Vallée du Géranium » ne se trouve pas dans les archives officielles et est sortie de la plume de quelques historiens français.
Le premier saule tomba en 1824 et fut approprié en 1829 par le gouverneur qui l'emporta à Plantation House... La chasse aux reliques prospérait ! La route empruntée par le cortège funèbre était légèrement au-dessous de celle dont on se sert de nos jours. Lowe érigea autour de la Tombe une barrière de bois et une guérite. John Goater fut le premier gardien ; lui succédèrent John King et John Young qui furent rétribués par le gouvernement français quand la propriété fut transférée à la France. Le livre des visiteurs qui se trouvait près de la Tombe est maintenant au Royal United Services Muséum à Londres. Hudson Janish, filleul de Lowe, avait épousé une Pritchard et au titre de propriétaire s'occupa de la transaction avec Paris, dont il prépara les documents.
[v] Du nom de Richard Torbett. Un marchand et « respectable commerçant” comme l’appelait Sir Hudson Lowe au début de son service. Il vivait près de l’endroit où se trouve maintenant la Tombe de Napoléon, dans une propriété qui comprenait ‘Sayne Valley’. Il fournissait, chaque jour, deux bouteilles d’eau de sa source. Sir Hudson Lowe l’a très vite trouvé suspect.
Le Conseil de Sainte-Hélène lui a attribué une indemnité de £650 et une subvention annuelle de £50, « aussi longtemps que le corps de Bonaparte y restera enterré ». Le Gouvernement local a très vite changé cette rente en une indemnité forfaitaire de £1200. Torbett était mort lors du Retour des Cendres mais sa veuve a bien profité financièrement des visites.
[vi] Du nom de son propriétaire en 1692, Henry Francis. Le colonel Beatson, dans un rapport sur l'île à l'intention du gouvernement, avait recommandé l'endroit pour y établir Napoléon. En fait, Lowe y installa un camp militaire – le contrat de location du terrain est signé par le colonel Wynyard. Le terrain fut ensuite acquis par le gouvernement local et en 1825, on y trouvait une armurerie, un mess d'officiers, un hôpital pour convalescents et une résidence louée à un certain Lorimer. Francis Plain servit aussi de quartier général à la Milice de Sainte-Hélène, chaque contrat de location contenant une réservation du droit d'exercer les troupes à cet endroit.
[vii] La première référence, dans les archives locales, à une maison de la Compagnie des Indes située sur une plantation date de 1679 :
"Whereas Captain Anthony Bealle hath a house standing on the Honourable Company's plantation, which he erected by consent of the late Governor Captain Field, which he proposeth to sell for the use of the Company, they having no house upon their plantation but where the Blacks lodge"
Une bâtisse plus importante que celle du Capitaine Beale fut alors construite sur la plantation par le gouverneur Roberts (1708-1711) pour lui servir de résidence d’été. Cette demeure, la seconde Plantation House, fut un temps utilisée comme armurerie.
A Sainte-Hélène l'entretien est une affaire dont on se préoccupe peu, qu'il s'agisse de construction ou de matériel aussi, dès 1717 on peut trouver une note dans les archives de Jamestown :
« Plantation House, récemment construite par le gouverneur Roberts, est en manque de réparations, au point que le toit menace de s'effondrer »
Il semblerait que le successeur de Roberts, un certain capitaine Benjamin Boucher (1711-1714), ait été responsable de cette situation : l'homme était si peu scrupuleux qu'à son départ, en 1714, il emporta tout ce qui pouvait être démonté et jusqu'aux serrures et clés de quelques portes.
A cette époque là, il y avait peu d'arbre autour de la maison et des ordres furent donnés de planter des "gum-trees" en 1709 : comme d'habitude à Sainte-Hélène, rien ne fut fait, jusqu’en 1717 quand, pour rattraper le temps perdu, on planta à tour de bras, ce qui nous vaut le joli espace boisé qui entoure aujourd'hui la maison.
La troisième maison, celle qui existe aujourd'hui, a été commencée en 1791 et achevée l’année suivante par le gouverneur Brooks (1787-1802). C'est une lourde bâtisse qui n’est même pas patinée par le temps car les occupants successifs se sont acharnés à la peindre de couleurs diverses : je l'ai moi-même connue crème, grise, verte, jaune citron, et même noire entre 1985 et 2011. Elle était construite en forme de fer à cheval autour d'une cour, que Lowe fit couvrir pour installer une bibliothèque, éclairée par une verrière ; il en profita pour ajouter deux ailes à l'arrière, pour loger des officiers de sa suite et du personnel. En tout, 28 pièces aujourd'hui, dans lesquelles il ne reste presque rien du décor de 1815-1821, si ce n'est un assez beau lustre de verre dans la salle à manger qui provient de Longwood House (il est sur la gravure de Steuben montrant Marchand assis sur une chaise et veillant Napoléon). Le mobilier est disparate, peu d'objets d'art si ce n'est quelques pièces de vaisselle et un peu d'argenterie de la Compagnie des Indes, ainsi que deux pendules de l'époque géorgienne.
Un mot sur le parc. Jadis le terrain était utilisé par la Compagnie des Indes pour la culture du Yam (igname), nourriture favorite des habitants – que le capitaine Cook appelle "les yamstocks", un nom qui leur est resté. En 1815, le gouverneur Wilks planta 27.000 pins et au 19ème siècle la maison était entourée d'environ 90 hectares de bois – au point que le gouverneur Dallas se plaignit du mauvais climat qui en résultait, probablement l'humidité... Aujourd'hui le parc contient de nombreuses essences : pins, pins de Norfolk (araucarias), yeuses du Cap, saules de Jackson, eucalyptus et cèdres.
Quand il fut décidé d'exiler Napoléon à Sainte-Hélène, on songea un temps à le loger à Plantation House mais la Compagnie des Indes insista pour que la maison demeurât la résidence du gouverneur. Les gens de la Suite ne manquèrent pas de dire qu'on les avait logés à Longwood parce que le climat y est plus mauvais, plus humide et plus venteux. Rien n'est plus faux car Plantation House, tout comme Longwood, sue l'humidité pendant la saison des pluies. Des cartes de cette période portent cependant la mention que Plantation House est « la résidence de Buonaparte »et nombre de gens en Europe le croyaient.
L'Empereur lui-même ne vit jamais la maison. Invité une fois à rencontrer la comtesse de Loudon, il déclina cette curieuse politesse pour ne pas se soumettre à l'escorte d'un officier anglais.
Par contre Bertrand, Montholon, Gourgaud et las Cases y firent de nombreuses visites dans le but de s'entretenir avec Hudson Lowe. Il faut se rappeler également que Cipriani le maître d'hôtel de Napoléon fut enterré dans le cimetière tout proche : je n'ai jamais pu retrouver sa pierre tombale.
Après la mort de Napoléon, Lowe invita les officiers de sa suite à un banquet. Peu après, il tenta de s'approprier onze caisses de meubles de Longwood et parvint à conserver un certain nombre d’articles. Les meubles demeurés à Plantation : la table de billard, deux consoles, deux globes et deux miroirs ont été retournés à Longwood en 1935.
En 1840, lors du Retour des Cendres, le gouverneur offrit un dîner en l'honneur du prince de Joinville, de Bertrand et de son fils, de Gourgaud, du fils Las Cases et de Marchand.
[viii] KNOLL COTTAGE ou Prince’s Lodge était habité au temps de Napoléon par le Lieutenant Shortis.
- Nommé Prince's Lodge, en souvenir de Robert Prince, un marchand du temps de Napoléon. Humphrey Solomon, le dernier représentant de cette famille dans l'île y mourût. La maison fut alors vendue à l'église et servait de résidence à l'évêque sous le nom de Bishopsholme. En 1814 le bail appartenait à W. Brabazon, maître de port. Il passa ensuite à Shortis, chef des travaux publics (un lieutenant de l'artillerie de Sainte-Hélène qui supervisa l'aménagement de Longwood pour Napoléon), puis à Barker, un fermier, et enfin à Richard Prince, un associé de la Maison W. & J. Prince, de Londres. Ce dernier était venu pour obtenir le paiement de dettes contractées par la Maison Solomon, Dickson, Taylor and Co. Prince fut chassé de l'île par Lowe en août 1815 et de nouveau en juin 1816 pour avoir servi d'intermédiaire entre Louis Marchand et le botaniste autrichien Welle qui avait apporté un pli de Vienne contenant une mèche de cheveux du Roi de Rome. Bon homme d'affaires, Prince se rendit ensuite acquéreur de Farm Lodge. Il mourût en 1838
[ix] La bourgade d'aujourd'hui ressemble assez peu à celle que Napoléon a vue en 1815. Lowe a construit l'immeuble abritant la Cour de justice, les bureaux de la police et la bibliothèque et le jardin public est entouré de grilles de fonte provenant de la Nouvelle Maison de Longwood. Il ne reste de l'époque que les deux grands bâtiments, au pied de l'échelle de Jacob, dont l'un abritait un théâtre d'amateurs, et les trois immeubles appartenant au gouvernement, au bas de la rue, face au jardin public – dont l'une avait été louée par le marquis de Montchenu. La maison Porteous, où Napoléon passa la première nuit, a été détruite par un incendie.
[x] The CASTLE était habité au temps de Napoléon par l’amiral Sir George Cockburn.
- Le siège du gouvernement local depuis plus de 250 ans. Le premier fort fut construit par le gouverneur Dutton en 1659, sous la direction d'un certain Thomas Coleman. Une grosse pierre gravée en 1659 et placée à l'entrée du Castle explique :
Capt John Dutton
Governor of this isle
First erected this fortification
for the English East
India Compy Ivne ye AN : DOM.1659
Il fut remanié par divers gouverneurs, Roberts en 1708, Lowe en 1816, Dallas en 1832 et Elliot en 1867 après l'invasion des termites. Une pierre placée à l'entrée du Castle rappelle les travaux de 1708 :
Fort built in 1659.Taken down
and
The present Castle built
By Governor Roberts in 1708.
The Honble Brigd General Dallas
The last governor
of
The East India Company
La terrasse fut construite en 1701, les deux ailes en 1714 et l'étage supérieur en 1766. Pas la moindre trace de donjon, d'oubliettes ou de passages secrets. Au début de la colonisation, le gouverneur résidait au Castle mais, après l'érection du fort de Ladder Hill, le Castle devint plus une résidence qu'un fort. Après la construction de Plantation House, où les gouverneurs allèrent résider, le Castle devint un complexe de bureaux, par ailleurs fort mal distribués en raison de l'exiguïté des lieux et de la vocation originale de fort : si le Gouverneur dispose d'un vaste bureau, probablement celui de Lowe, le secrétaire général est confiné dans un réduit tout juste bon à ranger des balais et des seaux ! C'est dans le bureau de Lowe qu'eut lieu l'ultime entrevue Bertrand/Las cases quand ce dernier quitta l’île – la scène est décrite dans "Le Mémorial".
En 1840, le Castle était en si piètre état qu'il ne fut pas jugé digne de servir pour la réception du Prince de Joinville.
Les armes de la colonie, gravées au porche, sont l'œuvre d'un caporal nommé Galway, de l'artillerie.
[xi] MALDIVIA .- était habité (pendant l'hiver) au temps de Napoléon par le Major Hodson
- Appelée autrefois Concord House, c'est une maison située au sud de Jamestown, derrière l'actuel hôpital. Le magnifique jardin a contenu, au temps où la main d'œuvre était bon marché, une quantité de légumes et de fruits et quelques beaux arbres des tropiques, dont des acajous ; livrée aujourd'hui à des fonctionnaires – la maison sert de résidence au médecin-chef du service de Santé – elle est négligée. Au temps de Napoléon, le major Charles Hodson vivait là et Napoléon lui rendit visite au cours d'une promenade d'exploration lorsqu'il était aux Briars. Las Cases a conté l'équipée :
« Il a pris fantaisie à l'Empereur d'y descendre, il était pourtant près de six heures. La route est extrêmement rapide, nous l'avons trouvée plus longue et plus difficile que nous ne l'avions pensé ; nous sommes arrivés tout haletants. Après avoir parcouru la petite demeure, qu'on voyait bien être appropriée par une main qui comptait l'habiter, et non par celle d'un passager en terre étrangère; après avoir reçu les politesses du maître, fait quelques compliments à la maîtresse, l'Empereur songea à quitter ce bon ménage ; mais la nuit était venue, nous étions fatigués, nous avons accepté des chevaux qui nous ont fait regagner promptement notre cahute et notre dîner. »
Quand l'amiral Cockburn résidait au Castle, les meetings du Conseil avaient lieu ici.
[xii] Les BRIARS était habité au temps de Napoléon par William Balcombe et tous les amiraux de passage.
- Autrefois terrain du gouvernement nommé Parslay Bed Hill, évalué £94, quand il fut vendu à un particulier. William Balcombe et ses associés s'en rendirent propriétaires en 1811, pour y installer une brasserie (Balcombe était venu dans l'île à titre privé en 1805) ; pendant un temps, il avait été associé avec Burchell, le célèbre naturaliste, lequel écrit dans son "Journal" que Balcombe avait été arrêté pour dettes, à Rye, en 1808. Quand Balcombe quitta l'île en 1818, il était en difficultés financières, ayant mené la vie à grandes guides, et il hypothéqua les Briars, auprès de Burnie et Cie. de Londres pour la somme de £9.000, y compris la brasserie. C'est pour cette même somme que le gouverneur Walker acheta la propriété en 1827, pour y installer les mûriers faisant partie de ses essais d'industrie de la soie. Quand l'île fut transférée à la Couronne, en 1834, cette louable initiative fut abandonnée. La maison servit un temps de résidence pour l'officier commandant les troupes jusqu'à ce qu'elle soit vendue pour £400 en 1847. Le nouveau propriétaire en était Saul Solomon, "le juif Solomon" dont il est question dans les récits ou journaux des compagnons d'exil de Napoléon. Elle passa ensuite à George Moss, un des proches des Solomon, puis à l'Eastern Telegraph Company quand ceux-ci établirent une station dans l'île. La maison n’existe plus aujourd’hui, mais le Pavillon a été acquis par l'arrière-petite-nièce de Balcombe, offert à la France. Le Pavillon a été restauré en 1989 et le terrain agrandi par un don consenti par Michel Dancoisne-Martineau.
[xiii] Une des belles maisons de l'île, achetée par William Doveton en 1786 à un certain Matthew Bazett. La maison actuelle a été reconstruite par W.A. Thorpe en 1904. La maison figure dans les annales de l’exil car c'est là que Napoléon a fait une de ces dernières sorties et qu'il prit le petit déjeuner dans le jardin – une visite dont Doveton rendit compte à Lowe dans une lettre qui est un chef d'œuvre de bêtise et de vanité.
[xiv] FAIRY LAND était habité au temps de Napoléon par Mr. T. Greentree, membre du Conseil
- La résidence de Thomas Greentree, gendre de William Doveton et membre du conseil de la colonie jusqu'à l'annexion par la Couronne. Il fut en charge des comptes après les malversations de De Fountain (bien connu pour avoir vendu à Montholon des épaulettes à un prix astronomique) et s'occupa de l'affaire Breame. Hélas, en 1822, ce fut son tour d'être sur la sellette pour un trou de £13.000: le caissier et lui furent tenus pour responsables et leurs propriétés furent séquestrées puis vendues jusqu'à ce que, le laxisme local aidant, ils furent mis à la retraite, avec restitution d'une partie de leurs biens. De Fountain était une franche canaille car au moment d'être saisi, il avait juré ses grands dieux que sa propriété était hypothéquée par un ami, produisant pour sa défense un document daté de 1817, rédigé malheureusement sur du papier au filigrane de 1823.
[xv] Un éperon à l'ouest du plateau de Longwood, dominant Prosperous Bay et la mer. Au temps de Napoléon, l'endroit était couvert de gommiers et c'est là que Lowe découvrit une souche cachée sous des branches : le fermier de la Compagnie, Breame avait vendu le tronc aux gens de Longwood qui crevaient de froid. Horse Point était hors des limites permises à Napoléon. Il y avait là quelques maigres cultures en 1745.
[xvi] - Une hauteur de 300 mètres environ, reliée à Jamestown par un escalier construit en 1830 ; auparavant, c'est à dire avant le percement de la route, on utilisait une montée bordée de cordes et le nom de Ladder Hill se trouve dans des documents de 1693. C'était l'endroit choisi pour les exécutions et c'est donc là que des esclaves enchaînés étaient pendus, éventrés, écartelés et coupés en quartiers. Les premières fortifications datent de 1776, elles furent continuées en 1779 puis remises en état de 1824 à 1827. Les bâtiments existants datent de 1873. Au temps de Napoléon, les troupes régulières logeaient ici, prêtes à intervenir, les régiments de Sainte-Hélène étant jugés peu sûrs .La route menant du Castle à Ladder Hill fut percée en 1717 et l'on peut encore voir les traces de son abrupt zigzag. La route actuelle fut taillée entre 1770 et 1882. Le sentier appelé "Alexander Short Cut", un raccourci de Jamestown à Ladder Hill, a été mis en place par le capitaine Alexander, qui travailla à l'exhumation du corps de l'Empereur en 1840.
"High Rock", d'où tomba un formidable éboulement en 1890, est bien connu des habitants, en ce qu'il évoque le nom du colonel Pieri, un officier du Génie de la Compagnie des Indes, bâtisseur de la cathédrale St. Paul : cet officier avait si peur de cet amas de rocs qu'il lançait son cheval au galop quand il passait dessous... Le brave officier mourût tranquillement dans son lit en 1812 et après un éboulement, en 1824, l'énorme rocher porta son nom. Deux autres endroits de la route ont des noms : "Emery's Jump”, en souvenir du sergent John Emery que son cheval précipita dans le ravin et "Frenchman's Leap" en souvenir du Consul de France, Georges Peugeot, dont la voiture roula du haut de la route jusque dans les jardins des maisons de Jamestown - sans mal ni pour les uns ni pour les autres ...
La Compagnie des Indes avait un observatoire, établi en 1824, qui fut bientôt fermé et les instruments envoyés au Canada...
Il y avait aussi là "l'Institution Militaire", où l'on faisait l'éducation technique de jeunes officiers, se chargeait du relevé topographique de l'île et fournissait l'heure exacte pour les communications maritimes. Le bureau du Temps fut transféré dans un bâtiment au-dessus de l'ancienne Prison pour Dettes, également installée là. Quand le gouvernement local refusa de remplacer le seul chronomètre existant dans l'île, le bureau fut fermé et les quelques instruments restant dispersés au Castle et à Plantation House.
L'échelle actuelle fut dessinée et construite par le gouverneur Dallas de 1828 à 1836. L'argent fut ramassé sur place et fourni par 353 actionnaires puis en 1832 la Compagnie des Indes racheta les parts pour la somme de £ 882.l0.0. C'était au début un simple plan incliné ou funiculaire et en 1832 un certain Mr. Hoar, organiste locale, inventa une voiture "sûre" qui ne tomberait pas, en cas de rupture du câble. Au moment du transfert à la Couronne, cette sorte de tramway tomba en désuétude faute d'entretien jusqu'en 1871 quand il fut remis en état par les militaires des Royal Engineers, pour la somme de £ 846. En voici les caractéristiques :
Longueur : 933 pieds soit environ 315 mètres
Hauteur des marches : 11 inches soit environ 27 cm.
Hauteur : 602 pieds soit environ 200 mètres.
Nombre de marches : 699
Degré de pente moyen : 39
Degré de pente maximum : 44
[xvii] Environ 700 mètres d'altitude, formant comme un éperon à l'extrémité nord-ouest de la plaine de Deadwood. On n'a jamais pu y établir avec succès une station de signaux en raison des brouillards qui y règnent. En 1692, la maison des signaux fut établie à Prosperous Bay. Le misérable sentier de chèvre qui descend vers la mer donna quelque inquiétude à Lowe mais les spécialistes lui firent ressortir que pour fortifier l’endroit, il faudrait d'abord creuser une route. Pendant l'exil, Lowe fit installer au sommet un relais de signaux, mais on ne sait exactement où. Dans des documents de l'époque, on trouve des références à cette station de signaux et à un poste de garde.
[xviii] L'endroit où Kedgwin a débarqué avec succès, d'où le nom - car, en fait, cette vallée "lunaire" n'a rien de prospère. Lowe y installa des défenses considérables, à la mesure de ses terreurs de voir Napoléon s'échapper. Le pauvre homme pensait qu'il pouvait être attaqué par là alors que c'est pratiquement impossible : il n'y a qu'un gros caillou pour mettre pied à terre et l'affaire ne peut être tentée qu'à grand renfort de cordes et de grimpeurs. La station de signaux, sur la crête, était fort utile.


7 commentaires:
Bonjour,
j'ai lu avec intérêt ce vivant résumé. Vous offrez ainsi un moment de "visite" aussi à ceux qui n'étaient pas du voyage à Sainte-Hélène et je vous en remercie.
Cordialement.
Very interesting. Brings back a lot of memories for me, and makes me look forward to visiting again.
One error though: Teutonic Hall is not the same as Orange Grove, where Miss Mason actuall lived during the captivity of Napoleon. Teutonic Hall was formerly Mason's Stock House. I made the same mistake on my blog some time ago, and Michel pointed out the error.
http://johntyrrell.blogspot.com/2010/07/orange-grovemiss-masonsteutonic-lodge.html
Merci Michel pour l'organisation de ce beau voyage qui s'est passé dans la bonne humeur. I love saint helena and its inhabitants!
Woahhh !! Quelle rapidité !! Merci encore Michel pour cette belle organisation et ta grande disponibilité !! J'espère pouvoir revenir à Sainte Hélène très vite !
Bonjour Michel,
Je tiens à vous remercier personnellement ainsi qu'au nom de la délégation belge du Souvenir napoléonien dont les membres visionneront bientôt les phtographies. Je vous remercie pour ces quatre jours passés sur l'île en votre compagnie et pour l'excellent programme que vous et votre équipe nous avez concocté. Je tiens à remercier toutes les personnes que nous n'avons pas pu rencontrées et qui pour nous ont préparé des repas délicieux!
Particulièrement ,Michel, Je tiens à vous remercier d'avoir su lire dans mon coeur d'enfant et d'homme passionné. J'ai vécu Sainte-Hélène comme je l'ai toujours voulu la vivre!
Tel un disciple, à mon tour de raconter ce que l'on a vécu tant en intensité, en émotion, en découverte. De vallée en vallée, nous avons découvert les facettes de cette émeraude.
Non, madame Bertand, cette île ne fut pas ch... par le diable!
Cher Michel,
Je découvre les premiers commentaires sur notre voyage à Sainte Hélène et je ne peux que m'associer à mes "compagnons" pour vous dire toute ma gratitude pour le travail que vous avez accompli afin de nous recevoir sur votre île. J'ai vécu pendant ces quatre jours des moments émouvants et inoubliables. Grâce à votre organisation, en collaboration avec le Souvenir Napoléonien, nous avons vu tout ce qu'il était possible de voir sur cette terre qui nous tient tant à coeur.
Vous avez contribué à la grande réussite de ce voyage exceptionnel.
Merci encore et à bientôt.
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